Tentative de définition

Il s'agit à l'origine d'un objet coupé en deux que I'on peut relier, permettant aux parties détenant un morceau de se reconnaître (Sun-bolon en Grec signifiant "ce qui tombe bien ensemble".

En iconographie, ce qui est coupé, et devient par là à la fois antinomique et accordé sont le sentiment et la pensée de l'homme divisé entre son humanité et sa part divine destiné cependant à leur union dans l'harmonie de son immanence et de sa transcendance. L'icône, qui est justement l'expression matérielle d'un témoignage d'au-delà s'accorde à réaliser celle unité des deux mondes auxquels nous participons pour nous en rappeler l'évidence et nous inviter à leur mise en phase personnelle.

La symbolique iconographique illustre dans un moment de l'histoire chrétienne l'usage efficace d'archétypes qui appartiennent à l'inconscient humain hors du temps et de l'espace, dans leur saisie transculturelle ou s'accomplissent en même temps leurs dimensions universelle et individuelle (ainsi l'eau le feu, la terre, le ciel...).

Last Judgment (Theraponte)


Alors que les mythes fixent des modèles exemplaires des actions humaines significatives, les symboles se situent dans l'ordre de l'émotion et de la cognition et peuvent emprunter aux archétypes tel ou le mode bien adapté à la culture et au temps auxquels il se rattache (l'eau signifie le baptême, le feu l'enfer, etc.)

Mais tout objet peut être investi d'une valeur symbolique et les images qu'il permet révèlent une dimension mystérieuse et transcendante, laquelle, sans faire obstacle à ce qu'il est naturellement, l'enrichit de ce qu'il peut suggérer d'explication des plans essentiels, dans une pluridimension attachée plus ou moins directement à un même fond culturel (ainsi trône, couronne, auréole, gestuaire, demeurent en phase avec le contexte connu de la royauté) mais le débordent en faisant signe vers une Présence d'ordre supérieur.
Le symbole sert ainsi de médiateur pour un déchiffrement de la Parole Divine, et d'unificateur dans la société où il s'inscrit. Il est nécessaire parce que le mystère de l'Incarnation du Christ ne peut être rendu sans un langage qui dépasse la nature.

Pas d'icône sans expression symbolique, car le naturalisme détournerait l'attention du contenu théologique, alors que les symboles donnent son plein sens à l'image et font apparaître des dimensons nouvelles non contenues dans ta seule réalité historique (ex: Jésus en croix), ni même dans la richesse de l'archétype sous-jacent (ex: le passage de la mer rouge = le passage par la mort qui aboutit à la résurrection).

Le symbole est une épiphanie, qui communie à l'omniprésence de Dieu et en communique le miracle. L'icône, sacralisée par l'esprit humain induit une tension vers l'au-delà.
(E.Andres)


Le sens des symboles

Le sens du mot l'inscrit dans une théorie de la connaissance, c'est-à-dire essentiellement pour nous à l'un des deux systèmes qui ont séduit l'intelligence humaine dans l'Antiquité. La théorie d'Aristote est liée à l'observation des phénomènes qui nous entourent. Le mouvement lui inspire l'idée d'un Premier Moteur Immobile, source de tout processus naturel et vraie cause de sa finalité existentielle.

Pour Platon, tout ce qui existe a aussi une autre dimension, n'est en quelque sorte que l'ombre de cet autre plan. Le monde n'est pas seulement ce que nous pouvons voir et mesurer; les formes et les êtres véritables restent cachés à notre connaissance sensible, ne pouvant être appréhendés que dans une "contemplation spirituelle" qui nous découvre la vraie nature et la fonction des choses visibles, comme se sera le cas en iconographie.

Pour Platon, tout a donc une relation à la personne humaine qui se remémore ces Idées-Réalités inscrites en lui à la naissance. Elles exercent une dimension affective, une action et une force qui appartiennent à notre vie. Ainsi la nature divine, dont nous portons l'image, nous sera-t-elle rappelée dans la vision de l'icône.

Le symbole occupe une place pratique dans différents domaines de notre vie. Il est un appel à l'homme d'agir. Nous ne sommes seulement ravis par ce que rapporte et illustre l'icône, mais invités à reproduire l'adoration, le sacrifice, l'avènement dont l'icône nous fait part. Ainsi les images d'orants, les récits inspirants de la vie des ascètes ou d'autres saints, la réalité admirable de la Présence divine rappellent en nous une soif naturelle dont l'icône est le modèle et l'impulseur.

Saint Sava de Tver - détail (Musée Andrei Roublev, Moscou)

Ainsi les symboles véhiculent un caractère religieux qui exprime leur vérité transcendante. Cette sollicitation à agir affirme indirectement la présence d'une divinité et impose à l'intelligence humaine la recherche d'arguments prouvant l'existence de Dieu, l'exigence d'une dimension morale à sa vie traversée par l'enthousiasme de sa foi ( ainsi des icônes portent témoignage de la Résurrection du Christ auprès de ceux qui l'avaient côtoyé, montrant l'importance de la confiance dans ce pari d'une vie inspirée par la Parole).

Les écoles de psychanalyse ont largement vulgarisé le sens et l'usage des symboles. Elles aussi les lient à la vie, aux mouvements de la psyché, montrant que les symboles expriment directement l'expérience personnelle intérieure de l'homme, ses pulsions, ses fantasmes, ses drames psychologiques. Leur but est une lecture des symboles pour constituer un dictionnaire des thèmes récurrents parlés ou rêvés, révélant la maladie mentale, pour en comprendre les causes et la guérir.

Chez Freud, il s'agit principalement de réhabiliter les pulsions de la "libido" pour réinscrire le malade dans un univers social "normal". Jung va plus en profondeur en analysant les constantes archétypales des problèmes humains, espérant en les exhumant en adoucir les dérives, reconduire le déviant mener son destin de purification, d'illumination et d'union, catégories qui rejoignent l'obsession des ascètes des premiers siècles, et d'évidence les visées de l'iconographie.



Christ en Croix - Père Egon Sendler
Tout ce qui est symbole est un phénomène humain qui tend vers cet autre dimension de notre vie, vers l'éternité, là où le chemin aboutit à un monde où les formes portent en elles-mêmes leurs significations. Ainsi, pour nous Chrétiens, l'image du Père, origine et maître de tout ce qui existe, à qui tout appartient. Cette représentation est différente de la paternité conçue par d'autres référents, car dans le Christiannisme la paternité est d'une générosité illimitée, elle se donne totalement. Elle est fondamentalement une folie qui se manifeste dans son image, le Fils, duquel saint Paul dit: "La croix est pour les juifs un scandale, et pour les païens une folie" (Cor. I, 25) ... la folie de l'amour. C'est ainsi que toutes les formes, tout ce qui a sens entre dans ce moteur fondamental de l'univers, le mouvement de la folie et de l'amour. C'est pourquoi aussi nous dépassons là ce que sous-tendent les théories non-liées à cette révélation. Elles décrivent la possibilité d'un simple équilibre psychique.


Comme la psychanalyse, ou un accomplissement économique et social, comme le proposent les idéaux politiques les plus respectueux des valeurs humaines. Dès que Dieu est là, tout prend un nouveau sens. L'amour y trouve toute sa profondeur. Ainsi le symbole chrétien a un lien, une relation avec l'amour. Dans sa forme transcendantale, il n'est pas comme un panneau de signalisation sur une route, il est cette Epiphanie où apparaît la Présence de Dieu. Un symbole dans son sens chrétien n'est pas possible sans le créateur; et l'action symbolisante est ainsi liée à l'action créatrice de Celui qui est à l'origine de tout. Il nous relie à notre part d'éternité qui ne peut changer et est toujours vraie. (Egon Sendler)
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