La fonction des symboles

Le symbole est une création de l'esprit humain qui nous rapproche de l'infinité de Dieu. Il nous fait connaître non seulement un détail représenté mais aussi la signification et les conclusions qu'il impose à travers lui. C'est pour cela que dans les églises des premiers siècles, pour voiler les mystères et d'autre part élever l'homme de tout son être vers l'èternité, le symbole joue un rôle important (ex: le Bon Pasteur et la riche symbolique de sa relation au troupeau, à chaque brebis, etc.).


Le sens symbolique n'est pas simplement ajouté, comme collé à l'extérieur, il se trouve à l'intérieur, étant constitutif de la réalité symbolique. Ainsi dans la peinture, ce ne sont pas seulement les objets représentés que l'on découvre du dehors. Le symbole entre déjà dans la composition symétrique de l'espace, celle des couleurs et finalement dans l'expression des gestes et des visages. Ainsi apparaît une structure symbolique, comme une mélodie de fond qui se répète toujours. Tout chef-d'oeuvre obtient en effet sa signification totale par l'unité de ces moyens.


Le Bon Pasteur. Musée Byzantin, Athènes

Le symbole dans la liturgie

L'usage du symbole n'est pas limité au domaine de l'art figuratif. Dans l'Eucharistie, le mystère englobe le ciel et la terre, son approche exige l'utilisation des symboles. Ils ne sont pas seulement ici un message moral, une structure théologique, mais ils participent à la célébration d'une liturgie céleste. C'est le symbole même qui nous conduit à une expérience de Dieu purement spirituelle. Le signe devient réalité.

Dans la liturgie byzantine apparaît comme en aucune autre l'avènement de ce mystère. S'y expriment toute la vie du Christ depuis les prophéties de l'Ancien Testament jusqu'à la mort sur la Croix et l'Ascension au Ciel.
Il apparaît déjà dans le moment de la préparation des dons pour l'Eucharistie. Ce rite n'a pas la même importance dans les différentes Eglises. A Rome les dons sont apportés en procession durant l'offertoire. Nous sommes en présence de deux aspects symboliques touchant l'un à la majesté de Dieu, l'autre à la communauté qui s'avance vers lui. Dieu est en effet le seul but de tout mouvement.

Dans la liturgie byzantine, la préparation rituelle accomplie avant la célébration proprement dite reçoit la plénitude de sa signification. Le prêtre prend un pain, en découpe la partie centrale nommée "Agneau" (selon la prophétie d'Isaïe: "comme une brebis, il fut mené à la boucherie"), puis il entaille ce morceau en signe de croix, en perce le côté droit avec son couteau en forme de lance, et verse le vin dans le calice avec quelques gouttes d'eau ("l'un des soldats lui perça le côté avec sa lance, et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau). Ensuite le prêtre pose une parcelle de pain à la gauche de l'Agneau en l'honneur de la Mère de Dieu, et neuf parcelles à sa droite en l'honneur des saints. Au-dessous il place une rangée de parcelles de pain à l'intention des vivants, et une rangée pour commémorer les morts. Ainsi sont réunis le choeur des saints et la communauté des vivants et des morts autour de l'Agneau qui sera immolé pour le salut du monde... Le symbole-message est devenu une réalité sacramentelle, le Christ lui-même.



La communion des apôtres, Russie, XVIème siècle

Après la proskomidie, la liturgie commence selon le schéma de l'ancienne célébration au temple de Jérusalem: ce sont les litanies suivies des chants de louange, les lectures et l'offrande des dons qui se fait pendant le chant des chérubins. Ces éléments de la célébration sont conservés dans les rituels de toutes les Eglises.

Par le "symbole de la foi" qui suit, la liturgie entre dans le domaine christologique car, pendant l'anaphora, l'agneau est immolé, le Christ se rend présent sur l'autel. Cette présence s'accomplit d'abord par le récit de l'institution de l'Eucharistie, par laquelle le symbole devient une réalité, ou si l'on veut un fait historique. Mais quand le prêtre lève les mains pour implorer l'Esprit Saint de venir pour transformer ces dons en le corps du Christ, le symbole disparaît dans l'ineffable Divinité... Dieu est réellement présent.

Devant Lui la communauté offre ses prières pour le salut de l'Eglise et du monde, qui trouvent leur aboutissement dans le "Notre Père". Cette prière a aussi un sens symbolique: elle exprime l'unité des hommes, qui trouve son accomplissement dans la communion, unité des présents avec Dieu, mais aussi unité de toute l'humanité en Lui... (E. Sendler)


Conclusion

Il n'est pas d'icône sans symbolique, mais si celle-ci lui apporte sa capacité de signification pleine, en particulier sur des plans subtils, tout ce qui est symbole est humain, donc est marqué des limites et des tensions qui s'attachent à son statut.

Si le symbole est un pont qui, à travers le concret, nous permet de viser une liturgie céleste, cependant qu'il ouvre et prépare au mystique, sa forme lisible appartient de fait au contexte culturel qui l'a suscité. Faut-il pour en recevoir le message être russe, copte ou byzantin? On n'écrit pas des icônes pour constituer un musée mais pour rendre sensible la Parole de Dieu. C'est pour cela que les symboles naissent dans le creuset d'une culture, qui les enrichit de son histoire, les inscrit dans la durée. Chaque peuple possède des prédispositions culturelles à intégrer telle ou telle forme. La représentation de Dieu n'a pas la même connotation selon qu'il s'agisse de la spiritualité orientale ou occidentale.

Il faut donc à chaque moment, en des lieux divers, que s'inventent des symboles lisibles pour les hommes de leur temps. De grands visionnaires (Krug, Ouspensky, Zénon, etc.) nous ont offert des images parlantes et efficaces. Ainsi le geste de bénédiction du Christ accomplit une action généreuse, d'ordre surnaturel, qui signifie et produit le mystère sacramentel qu'il représente.



Saint Serge de Radonège. Icône de l'Archimandrite Zénon, Pskov


La symbolique de l'icône a-t-elle la capacité de tout dire? Il lui suffit de rendre l'essentiel du message spirituel dont elle porte le contenu religieux, et de veiller à ne point se diffuser dans des excès baroquisants ou une mièvrerie sulpicienne.

Car le symbole peut se perdre dans l'usure délétère ou un effort trop aimable d'acculturation (ex: la Mère de Dieu devient une petite maman serrant son poupon joufflu, des icônes s'attachant plus aux décors et aux tissus qu'au thème d'enseignement). Il faut faire confiance à la prière et à la grâce pour rendre l'iconographe réceptif à l'impulsion d'en-haut, et nous offrir une réalité iconographique pénétrée de Divin (E. Andres)





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