Le père de saint Hervé, appelé Hoarvian, a quitté la Grande-Bretagne vers 515 ou 520. Mais au lieu d'aller tout droit en Armorique avec ses compatriotes, il monte jusqu'à la cour de Childebert, roi de Paris. C'est que Hoarvian est un barde, un chanteur de fictions, dit le biographe, un Créateur de poèmes et de chansons qu'il harmonise sur des airs nouveaux en s'accompagnant de la rote
bretonne.
Pendant quelques années il fit la joie de Childebert et de ses leudes, des familiers du palais et des
étrangers. Il aurait pu rester à la cour, comblé de richesses et de plaisirs. Mais ce barde avait des ambitions plus hautes, il avait une âme d'ascète. Un jour donc il demanda à Childebert congé de le quitter pour aller s'ensevelir dans un des monastères célèbres de son pays. Il voulut toutefois, en regagnant la Grande-Bretagne, passer par la Bretagne nouvelle.
Childebert le combla de dons, le munit de lettres royales pour qu'il fût conduit et hébergé d'étape en étape et le recommanda à Conomor. Le chef breton avait ordre de fournir une barque à Hoarvian pour le ramener dans son pays.
C'est sans doute en allant, sous la conduite de Conomor, chercher cette barque à l'Aber-Wrac'h, que Hoarvian rencontra une jeune fille près d'une fontaine à Landouzan, - c’est aujourd'hui encore un village du Drennec, sur la grande voie romaine de Carhaix à l'Aber-Wrac'h. Cette jeune fille s'appelait Rivanone et avait, elle aussi, la volonté de se consacrer à Dieu. Mais Dieu lui-même leur fit connaître à tous deux qu’il avait d'autres desseins sur eux, qu'ils devaient se donner l'un à l'autre et que d'eux naîtrait un fils· qui serait un jour un grand saint. Rivanone avait perdu ses parents et
vivait avec son frère Rivoaré - qui, plus tard se livra à la vie cénobitique et fonda le Lann Rivoaré. - On le fit venir chez le chef de clan, nommé Malo, qui donnait l’hospitalité à Conomor et à Hoarvian, et avec son consentement, le mariage fut célébré et béni.
Hervé naquit de leur union. Il vint au monde aveugle. Peu après, Hoarvian mourut, laissant à Rivanone le soin d'élever l'enfant. La première enfance de saint Hervé, se passa « au territoire de Kéran », en Tréflaouénan. « Lorsqu'il fut grandelet, dit Albert Le Grand, sa mère lui apprit sa créance et son Psautier, lequel, vers l’âge de sept ans, il savait tout par cœur et encore les Hymnes communes du Bréviaire ».
Rivanone alors le confia à un saint moine, nommé Arzian, pour compléter son éducation, et elle se retira dans la solitude. Hervé passa sept ans à cette école; puis il se rendit près de son oncle Urfol qui avait fondé un petit. monastère et une école près de Plouvien. C’était près de là aussi que Rivanone s'était retirée et c'est avec le désir de la rencontrer encore que son fils était venuchez Urfol. Pour préparer l'entrevue du fils et de la mère, saint Urfol alla voir Rivanone.
En partant il confia son humble logis à son neveu Hervé et recommanda à son guide, Guic'haran, de parachever le labour, lui laissant pour cela son âne. Le brave garçon fit bien comme on le lui avait dit et mena ensuite l'âne au champ. Mais là un loup, trouvant l’âne à son goût, le tua. Ce que voyant, Guic'haran, désolé, se mit à crier et à « forhuer » le loup.
Saint Hervé, informé de ce qui s'est passé, prie avec ferveur et voici le loup qui revient « à grand erre », Guic'haran, craignant pour son maître, lui crie de fermer sur lui la porte de la Chapelle. - « Non, non, lui dit saint Hervé, ne crains rien, il ne vient pas pour mal faire, mais pour réparer le tort qu’il a causé, prends-le et tu t'en serviras comme tulle faisais de l'âne ». Et c'était merveille, dit le biographe, de voir ce loup vivre dans la même étable que les moutons sans leur faire aucun mal, traîner la charrue, porter les fardeaux et rendre tous les services d'une bête domestique. - Ce loup, avec son collier d'âne, est devenu l'attribut iconographique de saint Hervé.
Saint Urfol trouvait que, le soucis de ses moines et de ses écoliers le détournait de la contemplation; il laissa donc son ermitage et son école à la direction de son neveu et se retira plus loin dans l'épaisseur de la forêt. Pendant trois ans, saint Hervé distribua son enseignement aux nombreux élèves accourus autour du jeune maître déjà célèbre.Après avoir rendu les derniers devoirs à sa mère morte en prédestinée, saint Hervé songea à fonder ailleurs un autre monastère. Avant de partir, il voulut aller prier au tombeau de son oncle, mort dans sa solitude. A grand-peine, conduit par des porchers, il put le découvrir. L'oratoire avait été détruit par les fauves de la forêt; Saint Hervé le rebâtit et sur ce tombeau s'élève aujourd’hui la Chapelle de Saint Urfol, en Bourg-Blanc.Ce pieux devoir rempli, saint Hervé, avec sa troupe d'écoliers et de moines, s'en fut à Saint-Pol, où l’Évêque lui conféra les Ordres mineurs; par humilité, il ne voulut jamais être qu'exorciste.
Puis il se remet en route, désireux d'établir définitivement son monastère. Il marcha vers l'ouest.
- « Prions, disait-il mes enfants, pour que Dieu nous indique le lieu où je pourrai me reposer et consumer ma vie à son service, car il me pèse de mener sans trêve cette vie errante ».Ils marchèrent longtemps ; la troupe était fatiguée, et saint Hervé fit jaillir une fontaine pour étancher sa soif. Enfin voici le lieu marqué par la Providence, mais c'est une terre déjà cultivée, un beau champ de blé. On fait venir le maître, nommé Innoc, et on lui demande de céder son terrain et son champ.
- « C'est bien dur, dit-il, de perdre un aussi beau champ de froment. »
- « Ne crains rien, dit Hervé, nous allons mettre en gerbes ton blé en herbe et au temps de la moisson tu auras autant de gerbes mûres ».
Ainsi fut fait et, en effet, au temps de la récolte, chacune de ces gerbes contenait trois fois plus d'épis mûrs que les gerbes coupées à maturité. Ainsi s'établit le Lann de saint Hervé, aujourd'hui Lanhouarneau.
Saint Hervé se fit conduire ensuite, à travers la montagne d'Arrée, au pays de Cornouailles où il fit de nombreux miracles et où son souvenir est resté particulièrement vivant dans le pays du Porzay. Mais Lanhouarneau est bien loin du Ménez-Bré et saint Hervé, aveugle et allant toujours nu-pieds, dit son biographe, ne pouvait marcher si fort que les autres. L’assemblée de Ménez-Bré l'attendit tout un jour, et cela montre de quelle vénération il était entouré.
Un certain personnage, cependant, se permit de dire avec mépris: « Quoi, c'est pour cet aveugle que nous avons tant attendu? » Immédiatement il fut lui-même frappé de cécité. Mais, à la prière des Évêques, saint Hervé se mit en oraison, puis traçant une croix à terre avec son bâton abbatial, il ordonna de creuser en ce lieu. On vit sourdre bientôt une belle source. De l'eau miraculeuse saint Hervé lava les yeux de l'imprudent, et il lui rendit la vue. En souvenir de ce miracle, une Chapelle a été bâtie en l'honneur de saint Hervé. L'on peut boire encore à la fontaine qu'il fit jaillir, au sommet de la montagne.
A son retour, il alla demander l'hospitalité à un Comte que l'on a identifié avec le Comte Even, le fondateur d'une des plus antiques villes du pays de Léon, Lesneven. Le saint le délivra d'un démon qui se cachait parmi ses serviteurs. Le monastère fondé par saint Hervé devint vite le plus florissant et le plus célèbre du pays de Léon. Le fondateur, de plus en plus vénéré, y vécut longtemps, n'en sortant que pour prêcher au peuple la parole de Dieu et parfois aussi pour punir les grands coupables.
C'est dans ce but, en effet, qu'il prit part au concile de Ménez-Bré. Et l'acte de justice ensuite s'accomplit. C'est pour cela que, Évêques, Abbés, moines., chefs de plou, tierns, paysans, sont venus de tous les coins de la Bretagne. Conomor, le prince dont nous avons parlé, est reconnu coupable d'avoir assassiné le prince Iona et la princesse Trifine; il est convaincu d'autres crimes encore. Alors les Évêques et les Abbés l'anathémisent solennellement. Il est excommunié et condamné à la perte de tous ses droits et de tous ses biens. Le peuple entier ratifie la sentence et se charge de l'exécuter.
Avec son Évêque, qui était saint Houardon, saint Hervé fit route de nouveau vers son monastère. C'est de là que, plein d'ans et de mérites, vénéré de toute la Bretagne, l'humble aveugle s'en alla jouir de la lumière éternelle. |